Ce renversement rejoint le geste du Madhyamaka tel que Varela le reprend : il n’y a pas un « moi » à découvrir ni à améliorer, seulement des processus de solidification et de dissolution qui se soutiennent ou se relâchent. En ce sens, « ne rien changer sur soi » n’est pas une résignation, mais un refus de nourrir encore la fiction d’un soi-essence à corriger ; lorsque cette alimentation cesse, la configuration du couplage se réorganise d’elle-même. On comprend alors pourquoi « méditation » n’est pas un verbe au sens ordinaire – « il n’y a pas de verbe ‘méditer’. Il n’y a qu’un nom, ‘méditation’. Il n’y a pas de ‘méditer’ » (Trungpa, 1974) –, pas de « quelqu’un qui médite » en surplomb. Steve Paxton reprend le même argument pour expliquer son choix du mot contact et non toucher à l’origine de la recherche en “contact-improvisation”. Ces pratiques ouvrent un champ relationnel où les processus se défont et se reconfigurent, plutôt qu’un lieu où un sujet applique des techniques pour s’instrumentaliser.
Référence : Trungpa, C. (1974). Meditation: The Path of the Buddha. Berkeley : Shambhala.